Le brame du cerf

Posté par le 22 septembre 2014 dans la catégorie rando de saison | 0 commentaire

          Passé le solstice d’été, le cerf, qui d’ordinaire est un animal discret vivant en harde avec ses congénères mâles, se métamorphose et brise le silence forestier de son chant puissant et rauque. On dit qu’il brame (bramer), qu’il raie (raire) ou rée (réer). Le brame est le plus  intense de fin septembre à mi octobre lorsque les nuits sont froides et sèches.

          Pendant cette période il s’en va conquérir des emplacements de rut en fin d’après midi où il est rejoint par « sa » harde de femelles. Il prendra soin avant cela, d’effectuer un petit rituel préparatif ( lui aussi se fait beau…) en allant vers l’endroit où il a l’habitude de se vautrer dans la souille pour s’imprégner de toutes ses odeurs corporelles qu’il aura déposé au préalable. Ce sont les plus vieux mâles qui brament les premiers. En rejoignant une place de brame il s’assure la venue d’une harde de femelles qu’il surveillera toute la nuit A ce moment le mâle reste en permanence dans la harde et ce pour deux raisons : la première pour maintenir la harde groupée et la défendre contre les rivaux. Et la seconde pour être présent au moment de l’œstrus (période pendant laquelle une femelle est fécondable) temps très court chez la biche.

         Si le mâle est dominant aucun autre ne viendra sur ses plates bandes. Dans le cas contraire, si un autre mâle de force visiblement égale se présente il y aura duel . Celui-ci commence par un défi vocal et visuel (bois frottés au sol, jets d’urine, coup de pattes et brame de provocation) puis débute une marche parallèle : lorsque les deux prétendants sont à moins de 50-100m l’un de l’autre le maître de la place avance vers le nouveau en oblique pour lui barrer l’accès au harem et si cela n’est pas suffisant pour dissuader l’arrivant un combat de force bois contre bois commence et peut durer d’une à plusieurs minutes, le combat va rarement jusqu’à la mort, le plus faible des deux quitte la place. Lorsque le combat est terminé les accouplements peuvent débuter.

Pour cette partie il existe et se produit un cérémonial rigoureux, mais ici intéressons nous aux transformations physiques du cerf ainsi qu’à son cri.

Le brame désigne à la fois le cri du cerf et la période de rut.

Portait d’un amoureux

 

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Photo de Gilles GOUNANT

   L’ébullition interne dont les cerfs sont victimes chaque automne le chambarde de toute part, ils sont méconnaissables, on ne reconnait ni leur silhouette, ni leurs couleurs, ni leurs expressions, ni leurs manières.

       Ce roi de la forêt qui habituellement est sérieux, silencieux et rasé de près se transforme en un guerrier velus, musclé, toujours prêt à rouler des mécaniques. Des bois aux andouillers acérés remplacent la douceur des velours, du poil pousse de toute part, spécialement autour du coup  » le fanon »qui s’est musclé en doublant de volume. Sa face s’est colorée pour plus de contraste entre ses yeux et sa toison, ses attributs masculins les « daintiers » ont triplé de volume. Ce qu’il se passe à l’extérieur n’est qu’un pâle reflet du bouillonnement sanguin interne totalement envahi par la testostérone. Ce portrait, à peine caricatural, est celui d’un adulte de six ans.

Une préparation importante

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Photo Gilles GOUNANT

Jusqu’à l’âge de six ans les jeunes cerfs feront tous les ans une puberté, à chaque saison à un niveau supérieur. L’adolescence est aussi la période de mue de la voix. La musicalité du brame est propre au cerf (celui du wapiti et du daim est beaucoup moins mélodieux). Puisque la maturité se fait progressivement, il ne maîtrise sa voix qu’après quelques exercices et une mue. Il doit cette puissance au gonflement des muscles du cou qui opèrent comme une caisse de résonance. Les cordes vocales situées très bas sont dotées de résonateurs particuliers qui amplifient le son : les ventricules de morgagni stimulés par la testostérone.

Lorsque les adultes sont suffisamment nombreux les jeunes ne rentrent pas en concurrence et se réunissent loin des places de brame. Mais lorsqu’il y a une carence de mâles adultes sur un territoire, les adolescents participent prématurément avec des conséquences graves comme des mises à mort (les combats font partis d’un rituel de démonstration de force, les morts pendant les combats sont dû à un manque de maturité et d’expérience d’un mâle qui n’a pas respecté le cérémonial) ou de l’échec de la saillie.

Une communication complexe

Tel un opéra de la nuit forestière, le brame fascine parce qu’il est chant d’amour, musicalement expressif. Il est un langage complexe entre appel langoureux, provoquant, plaintif, défiant ou cri de victoire. Les chercheurs ont dénombré neuf circonstances de brame. Voici une description des principales vocalises du cerf et leur signification :

brame cerf

Photo Gilles GOUNANT

-le brame classique / de langueur : long isolé et mélancolique lancé d’une seule phrase

-le rot/ la poursuite : cri court saccadé, lancé lors de la poursuite de biches ou de congénères.

-l’aboiement : bref c’est un cri d’alarme ou d’exaspération.

-le brame de répit : réalisé souvent couché il ressemble au grincement d’une porte de grange.

 

Une voix aphrodisiaque

Qui déclenche le rut ? Le cerf ou la biche ? La priorité est donné au cerf car ils ont ont horloge biologique interne un peu plus pressée que celle des biches. Le brame stimule l’ovulation et permet une synchronisation. Lorsqu’on sait que l’œstrus ne dure que 6 à 24 heures on comprend mieux les bénéfices de ce mécanisme pour l’espèce. Et ce qui déclenche la montée de testostérone dans son sang est la photo période c’est à dire le moment où la durée du jour est égale à la durée de la nuit.

Le brame est un événement tout aussi impressionnant qu’important dans la vie des cervidés. Nous devons être des spectateurs respectueux et prudents pour que le Roi de la forêt  puisse profiter de ce moment d’intimité…

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